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Quand la recherche et la création contribuent à l’innovation pédagogique : Un partenariat entre l’Université Lumière Lyon 2 et l’ESMA

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  • Date de publication 12.01.2026
  • theme Générale
portrait xavier aliot

Une thèse ancrée dans les pratiques pédagogiques artistiques

L’ESMA – Réseau Écoles Créatives s’associe à l’Université Lumière Lyon 2 pour co-diriger la recherche doctorale de Xavier Aliot, enseignant et auteur, autour des conditions pédagogiques qui permettent aux étudiants en écoles de création de faire émerger une posture d’auteur au sein de leur parcours de formation.

Intitulée Didactique de l’intime : quelles conditions pour faire advenir un auteur ?, cette thèse s’inscrit au croisement des pratiques pédagogiques artistiques et de la recherche en sciences de l’éducation. Elle interroge les modalités d’accompagnement mises en œuvre dans les écoles de création, ainsi que les cadres institutionnels et symboliques dans lesquels s’inscrit l’acte de création.

La recherche explore notamment la place de l’émotion, de l’expérience personnelle et de l’intime dans les processus créatifs, les dispositifs pédagogiques mobilisés dans les formations artistiques, ateliers, écriture, image, narration, médiation, ainsi que le rôle du cadre pédagogique dans l’accompagnement des étudiants tout au long de leur formation.

 

La thèse est co-encadrée par :

 

Cette collaboration incarne la volonté de faire dialoguer recherche universitaire et pratiques de terrain, au service de l’innovation pédagogique et de la formation des futurs créateurs.

Parole de doctorant – Questions à Xavier Aliot

Pour mieux comprendre l’origine de cette recherche et les questions qu’elle soulève, Xavier Aliot revient sur son parcours et sur les enjeux qui traversent aujourd’hui les écoles de création.

 

  • Qu’est-ce qui, dans votre propre parcours, vous a donné envie de travailler sur la place de l’intime et de l’émotion dans la création artistique ?

 

C’est une question qui a d’abord émergé d’une difficulté rencontrée dans ma pratique d’enseignant en scénario. Au-delà de la dimension théorique que l’on peut transmettre (les connaissances en narratologie par exemple), au-delà même de la pratique de l’écriture scénaristique, qui doit répondre à des codes et des formes, et qui peut s’améliorer grâce à un travail de script-doctoring, les étudiants sont mis face à une injonction étrange : du jour au lendemain, il leur est proposé, et parfois même imposé pour les besoins de leur formation, de produire un récit original. Ils se retrouvent de ce fait contraints d’adopter une posture d’auteur, avec toute la responsabilité que cela engage, vis-à-vis du public, de l’équipe pédagogique et d’eux-mêmes, dans les choix esthétiques et les sujets qu’ils vont porter.

Ce serait une erreur de passer à côté de cette dimension, qui leur impose d’endosser un rôle d’artiste ou d’auteur, pour ne s’occuper qu’en surface de la production d’un récit. Un film, c’est une forme, mais c’est aussi un fond.

Il y a donc un enjeu de didactique et d’ingénierie pédagogique à interroger dans l’accompagnement des étudiants, qui, par ailleurs, viennent souvent dans une école de cinéma pour viser un métier technique.

J’ai d’abord été, comme mes étudiants, un apprenant du cinéma « par la technique », puis j’ai cheminé vers une posture d’auteur et d’artiste. Je me suis finalement retrouvé à enseigner, à l’ESMA et à Cinécréatis, cette forme d’expression et les techniques que j’avais apprises. Mais enseigner ne s’improvise pas, et je sentais progressivement qu’il me manquait un bagage pédagogique. C’est en ce sens qu’en 2023, j’ai passé un master en sciences de l’éducation à l’Université Paul-Valéry et écrit un mémoire sur l’autonomie des étudiants en écoles d’art. Ce fut un moment intense et très stimulant : se retrouver face à des chercheurs érudits, être challengé, et nourrir à la fois ma réflexion intellectuelle et, très concrètement, ma pratique quotidienne d’enseignant. C’est donc tout naturellement une aventure de recherche que j’ai voulu prolonger avec ce doctorat.

design espace esma

Tout cela m’a donc conduit à formuler un projet de recherche qui a enthousiasmé la direction de l’ESMA et qui entrait en résonance avec les recherches menées par le Lab des Écoles Créatives dirigé par Sandra Mellot. Ce projet a également retenu l’intérêt de Sylvain Fabre, chercheur associé au laboratoire Éducation, Culture et Politique de l’Université Lumière Lyon 2, docteur en philosophie et en sciences de l’éducation et dont les thématiques de recherche portent notamment sur l’éducation artistique et la didactique des arts. Cet intérêt commun a fait naître ce partenariat et me propulse, avec enthousiasme, dans ce défi d’envergure : réfléchir et proposer des conditions qui permettraient aux étudiants d’écoles d’art de cheminer vers une posture d’auteur en explorant leur paysage intérieur.

 

  • En tant que chercheur immergé dans des écoles de création, qu’est-ce qui vous surprend ou vous touche le plus chez les étudiants ?

 

On en est au tout départ de la recherche : il reste encore beaucoup à cadrer, à définir et à explorer. Avec Sylvain Fabre et Sandra Mellot, nous posons les jalons. Il s’agit d’abord de bien situer la discipline, de borner, et parfois d’élargir, les ambitions, de formuler des questions, de poser des hypothèses et de trouver la méthodologie adéquate, celle qui permettra de consolider des résultats, mais aussi de constituer un matériau pratique pour les enseignants.

L’époque est complexe, chacun saura dire pourquoi, et l’on attendra des futurs cinéastes qu’ils nous aident à comprendre ce monde. Or c’est précisément dans ce monde que ces jeunes se forment, en prise directe avec une quantité d’injonctions, de stimulations, de contraintes, mais aussi d’opportunités et de changements qui bousculent déjà nos habitudes à court terme. C’est profondément déstabilisant.

C’est une chance, bien sûr, que de se retrouver face à l’opportunité de s’exprimer et de réaliser des films susceptibles de rencontrer un public international, mais cela peut aussi générer beaucoup d’angoisse. On leur demande d’être « originaux », de « sortir leurs tripes », comme on le dit souvent. Et les jeunes adultes qu’ils sont s’efforcent de répondre à cette attente en mobilisant un matériau biographique qui peut parfois les exposer, ou les mettre en difficulté, sur un versant psychologique encore en construction, encore en questionnement.

En tant qu’auteur et artiste, et comme nombre d’entre eux, j’ai la conviction qu’on n’invente jamais vraiment qu’à partir de ce que l’on a vécu, ressenti, ou connu et documenté par l’émotion. La grande sensibilité, l’empathie propre aux artistes, leur permet d’absorber et de partager les émotions des personnes qu’ils côtoient, mais aussi d’entendre, parfois en les amplifiant, leurs propres émotions, jusqu’à ce qu’elles débordent et qu’il devienne nécessaire de les exprimer. Je reconnais cette empathie exacerbée chez bon nombre d’entre eux, et c’est sans doute ce qui me touche le plus.

Mais cette sensibilité peut aussi ressembler à un chaos intérieur, fait de mouvements erratiques qu’il faut apprendre à écouter et à organiser, en mots, en images, en rythme. Il s’agit de transformer ce trouble en forme, non pour s’exposer, mais pour s’adresser à un public, et, in fine, l’aider à mieux comprendre ses propres émotions. Apprendre à se guider soi-même pour guider, à son tour, c’est une responsabilité majeure.

D’autant plus dans un monde où il devient de plus en plus difficile de discerner l’image authentique de la fiction mensongère et manipulatrice. Les récits et leurs auteurs construisent les civilisations humaines, le cinéma, comme le jeu vidéo, est aujourd’hui un soft power majeur. Il sera de la responsabilité des étudiants d’aujourd’hui, demain, de prendre la mesure de ces enjeux.

 

  • Si vous deviez résumer l’enjeu de votre thèse en une phrase personnelle, quelle serait-elle ?

 

Trouver les conditions didactiques capables d’allumer, chez les étudiants, la même lumière qui m’a lentement conduit à devenir auteur et artiste.

 

Pour en savoir plus sur les travaux des chercheurs du Lab. des Ecoles Créatives consultez le site dédié :

Le Lab des écoles créatives


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