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Emma Banchereau

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  • Promotion 2022
  • Formation Architecture d'Intérieur
  • Travaille actuellement chez Agence ORA Architecture
  • poste Architecte d'Intérieur

Diplômée de l’ESMA en 2022, Emma Banchereau travaille aujourd’hui comme architecte d’intérieur au sein d’ORA Architecture, à Béziers. Son parcours raconte à la fois une vocation ancienne, un goût affirmé pour la création et une approche du métier qui ne sépare jamais l’esthétique, la technique et l’usage. À travers son témoignage, on découvre une jeune professionnelle déjà lucide sur les exigences de son domaine, mais toujours portée par la même envie de concevoir, d’explorer et d’apprendre.

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Image de couverture

Quand une passion d’enfance finit par revenir 

Chez Emma Banchereau, l’intérêt pour l’architecture d’intérieur ne s’est pas imposé d’un seul coup. Il s’est installé très tôt, presque en silence, à travers des images, des ambiances, des souvenirs précis. Son père était proviseur dans un lycée du bâtiment, et elle garde en mémoire ces moments passés à regarder ce qui s’y faisait. « Le week-end, j’allais me promener dans les salles de classe, je voyais des maquettes, des plans sur les murs, et je trouvais ça super. » 

À l’époque, ce n’est pas encore un projet professionnel clairement formulé. C’est d’abord une attirance, un plaisir spontané à dessiner, à observer, à se projeter. « J’ai commencé à vouloir en dessiner un petit peu, sans vraiment savoir que je pourrais en faire un métier. » Il faudra ensuite passer par un détour, une année de faculté qui ne lui convient pas, pour que cette intuition prenne enfin toute sa place. C’est à ce moment-là qu’elle décide de regarder cette passion autrement, avec plus de sérieux, et d’envisager qu’elle puisse devenir le centre de son parcours. 

 

La rencontre décisive avec l’ESMA 

C’est en cherchant sa voie qu’elle découvre l’ESMA. Une découverte qui va très vite devenir une évidence. « J’ai découvert l’ESMA sur internet. C’est la première journée portes ouvertes que j’ai faite dans le domaine, et finalement la dernière. » En quelques heures, tout se met en place : ce qu’on lui présente, la manière dont le cursus est expliqué, les perspectives qu’elle entrevoit. Elle se projette immédiatement. 

Elle se souvient notamment de sa rencontre avec Nicolas Roche, premier enseignant qu’elle découvre ce jour-là. « C’est le premier prof que j’ai vu là-bas. Il m’a raconté ce qui allait se passer dans le cursus, tout ce qu’on apprenait à l’ESMA. Et j’ai adoré. » La suite s’enclenche presque naturellement. Elle s’inscrit, espère être prise, et intègre finalement l’école, où elle suivra l’ensemble de son cursus, de la prépa jusqu’au diplôme en architecture d’intérieur. 

 

Créer, oser, puis comprendre 

Ce que la formation lui apporte, Emma le résume autour de deux dimensions complémentaires : la créativité d’un côté, la technique de l’autre. La première lui apprend à aller plus loin, à dépasser certaines limites que l’on s’impose parfois trop tôt, à ne pas brider ses idées. « On peut tout faire. Surtout à l’école, c’est le moment de vraiment pousser à fond tout ce qu’on a en tête. » Cette phrase dit bien ce qu’elle retient de ses années de formation : un espace où l’on peut expérimenter, chercher, sortir des cadres trop vite acceptés. 

Mais pour elle, cette liberté n’a de valeur que si elle s’accompagne d’une compréhension concrète des projets. Avec le temps viennent donc les dimensions plus techniques, qui permettent de saisir comment les choses se construisent réellement. « On comprend comment les choses se font. » 

Elle évoque aussi l’importance d’avoir été sensibilisée à des notions plus larges d’architecture, notamment à travers des cours qui l’aident à mieux comprendre la structure, l’enveloppe, et la logique globale d’un bâtiment. « Finalement, tout est lié : l’enveloppe et l’intérieur sont liés, et le comprendre, c’est important. » 

Chez elle, la technique n’efface jamais la création. Elle lui donne au contraire plus de justesse. Elle permet d’aller plus loin dans le détail, dans la cohérence, dans cette recherche du petit élément qui fera basculer un projet vers quelque chose de plus fort, de plus singulier, de plus abouti. 

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Apprendre à défendre un projet 

Parmi les apprentissages qui l’ont marquée, Emma insiste aussi sur la progression visible entre le début et la fin du cursus. « Quand on voit la différence entre les premiers travaux et les derniers, c’est fabuleux. » Elle parle d’une évolution du regard, bien sûr, mais aussi d’une évolution dans la manière de réfléchir, de prendre du recul, de construire une réponse. 

Elle souligne surtout l’importance d’avoir appris à présenter un projet. Car dans ce métier, il ne suffit pas de produire quelque chose de beau. Il faut aussi savoir l’expliquer. « Juste montrer un projet et qu’il soit trouvé beau, c’est bien. Mais l’important, c’est d’expliquer pourquoi. » Pourquoi cette proposition répond à une problématique. Pourquoi telle option fait sens. Pourquoi un détail compte. Ce travail d’argumentation est, selon elle, essentiel face à un client, parce qu’il permet de donner au projet sa profondeur et sa légitimité. 

Le fait d’être formée par des enseignants qui sont eux-mêmes des professionnels a aussi joué un rôle déterminant. « Tous les professeurs sont de vrais pros. Ils nous exposent de vraies problématiques. » Là encore, c’est le lien avec le réel qui ressort. Pas seulement des exercices abstraits, mais des méthodes, des réflexes, des documents, des logiques de travail directement reliés au terrain. « Ils nous montrent toute la démarche plus technique, toutes les pièces écrites, les PDF, les dessins. » Autrement dit, tout ce que l’on ne voit pas toujours de l’extérieur, mais qui structure profondément le métier. 

 

Un quotidien entre architecture intérieure et architecture 

Aujourd’hui, chez ORA Architecture, Emma retrouve une partie de ce qu’elle imaginait lorsqu’elle était étudiante, mais découvre aussi d’autres dimensions du métier qu’elle n’avait pas forcément anticipées. Et c’est précisément ce qui lui plaît. « Mon quotidien, c’est un peu un entre-deux. » Elle exerce bien comme architecte d’intérieur, mais au sein d’une agence d’architecture, ce qui l’amène aussi à travailler sur des questions plus larges liées au bâti lui-même. 

Cette position intermédiaire lui convient parfaitement. « Il y a une moitié de mon quotidien qui est exactement ce que j’imaginais en tant qu’étudiante, et une moitié qui ne l’est pas du tout, mais qui est pour autant hyper stimulante. » Elle y voit même une forme de continuité avec ses ambitions personnelles, puisqu’elle envisage, à plus long terme, de devenir aussi architecte. Ce qu’elle vit aujourd’hui nourrit donc directement cette trajectoire. 

Dans son quotidien, les sujets sont très variés. « On est une agence qui est extrêmement large. » Elle peut ainsi intervenir sur des projets d’échelles très différentes : de grands logements, des rénovations d’appartements, du mobilier sur mesure, ou encore des programmes plus techniques. Cette diversité lui permet de ne pas s’enfermer dans une seule typologie et de garder une approche souple, curieuse, ouverte.

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La diversité des projets, comme moteur 

Ce qu’elle décrit de son quotidien donne à voir un métier très vivant, fait d’allers-retours constants entre conception, recherche, échanges et suivi. « Je touche un petit peu à tout. » Il peut s’agir de livrer un meuble TV un jour, de mener des échanges avec des clients, de chercher de nouveaux matériaux, d’imaginer de nouvelles textures ou de contribuer à des projets de grande ampleur le lendemain. 

Cette variété semble essentielle dans son équilibre professionnel. Elle lui permet d’exercer son métier à plusieurs échelles, de rester en éveil et de continuer à enrichir sa pratique. Il n’y a pas chez elle de séparation stricte entre les petits projets et les grands : chacun a sa logique, ses contraintes, son intérêt. Tous demandent la même attention, la même rigueur, la même capacité à comprendre précisément ce qui est attendu. 

 

Des projets qui font grandir 

Parmi les projets qu’elle évoque, certains illustrent particulièrement bien l’intensité et la richesse de son travail actuel. Elle parle notamment d’une villa à Miami, sur laquelle elle passe aujourd’hui une grande partie de son temps. « C’est une villa de plus de 1 000 mètres carrés. » Le projet, mené avec un investisseur montpelliérain, suppose à la fois un travail architectural et un travail d’architecture intérieure, dans un contexte réglementaire et culturel très différent du nôtre. 

« C’est hyper stimulant parce que c’est comprendre toutes les normes américaines, qui sont extrêmement différentes des nôtres. » Il ne s’agit donc pas seulement de dessiner un espace spectaculaire, mais de composer avec des usages, des codes, des références et un niveau d’exigence particulièrement élevé. « On ne peut pas juste proposer un projet bon, il faut un projet extraordinaire. » La formule dit bien la pression, mais aussi le niveau d’engagement demandé. Pour Emma, ce type de projet est surtout une occasion d’apprendre encore, de pousser la réflexion plus loin, de gagner en précision. 

Elle cite aussi la livraison récente des Galeries Lafayette de Nîmes comme l’un des projets les plus marquants sur lesquels elle ait travaillé. « Je pense que c’est le projet le plus fou sur lequel j’ai bossé. » Ce qui la marque ici, ce n’est pas seulement l’ampleur du programme, mais la complexité des échanges. Entre le propriétaire des murs, l’exploitant et l’enseigne elle-même, les attentes ne sont pas toujours tout à fait les mêmes. « C’est là qu’on se rend compte qu’on est vraiment l’interlocuteur, nous, au milieu. » Il faut transmettre, arbitrer, comprendre, reformuler, faire tenir ensemble des logiques multiples. Puis vient le moment où le projet devient réel, visible, vécu. « L’inauguration, c’était incroyable de voir les clients passer devant et dire que c’était magnifique. » 

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Projet Galeries Lafayettes

Comprendre avant de créer 

Quand Emma parle des qualités nécessaires dans ce métier, elle commence par ce qui peut sembler le plus simple, mais qui est sans doute le plus décisif : la compréhension de la demande. « Pour moi, en premier lieu, ce qu’il faut, c’est être capable de comprendre la demande. » Pour elle, tout part de là. Un projet ne se construit pas seulement à partir d’une idée forte ou d’une belle inspiration, mais à partir d’une problématique à résoudre, d’un besoin à interpréter correctement. 

« Notre métier, c’est répondre à la problématique du client. » Il faut donc écouter, capter les nuances, comprendre ce qui est dit, mais aussi ce qui est parfois seulement suggéré. Cette phase d’interprétation conditionne la qualité de la réponse. La créativité vient ensuite, non comme un geste autonome, mais comme une manière de produire une solution vraiment ajustée, différenciante, personnelle, cohérente avec la demande. « Le client ne veut pas la même chose que le voisin. » 

 

Concevoir pour aujourd’hui, mais aussi pour demain 

Dans son discours, une autre idée revient avec force : celle de la transformation des usages et de la responsabilité des concepteurs face à ces évolutions. Emma le dit sans détour : « Aujourd’hui, on ne peut plus construire comme on le faisait avant. » Les modes de vie changent, les attentes évoluent, les contraintes environnementales s’imposent, et il devient nécessaire d’intégrer cette réalité dès la conception. 

Elle insiste sur la nécessité de penser les projets dans le temps long. « On doit coller à la manière dont on vit aujourd’hui, mais on doit aussi coller à la manière dont on vivra dans dix ans. » Derrière cette phrase, il y a une vision très concrète de la durabilité. Il ne s’agit pas d’ajouter un vernis responsable à un projet, mais de réfléchir à sa capacité d’évolution, à sa pérennité, à sa réversibilité éventuelle. « Le coût carbone d’un chantier, c’est catastrophique, c’est astronomique. » Dès lors, concevoir un espace, c’est aussi essayer d’éviter qu’il devienne trop vite obsolète. 

Elle donne un exemple parlant : un lieu pensé pour une activité donnée devrait pouvoir évoluer plus tard vers un autre usage. Un salon de coiffure pourrait devenir un restaurant, puis, plus tard, peut-être un logement. Cette manière de penser suppose une autre lecture de la structure, des matériaux, des volumes. Elle traduit surtout une conception du métier plus attentive, plus responsable, plus en prise avec les réalités à venir. 

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Rester curieux, travailler, regarder 

Aux étudiants qui voudraient suivre cette voie, Emma adresse des conseils simples, mais très concrets. D’abord, celui de travailler régulièrement. « Je leur dirais de travailler constamment, pas dans une logique d’épuisement, mais dans celle d’une progression construite, sans trop laisser de place à la procrastination. 

Elle insiste aussi sur la curiosité, qu’elle considère comme un levier essentiel. Observer les lieux, chercher qui les a conçus, comprendre pourquoi ils ont été pensés ainsi, apprendre à relier une forme à une intention. « Il y a toujours une explication derrière une création. » Cette culture du regard permet ensuite de nourrir ses propres projets, de les inscrire dans une réflexion plus large, de leur donner plus de densité. 

Les références, pour elle, ne sont pas un ornement intellectuel. Elles servent à construire un discours, à affirmer un point de vue, à enrichir une démarche. « C’est très important d’avoir une référence. » Non pour copier, mais pour comprendre, pour situer, pour développer peu à peu une sensibilité personnelle. « Ça va forger un petit peu notre patte, notre manière de faire. » 

 

Un métier de passion, mais aussi de construction 

Ce qui ressort au fond de son témoignage, c’est une vision du métier à la fois engagée et très concrète. Emma parle d’un univers qui demande de l’envie, de la rigueur, de la curiosité, de la constance. Un métier qui ne se réduit ni à l’image ni au style, mais qui repose sur une compréhension fine des usages, des contraintes et des évolutions possibles. 

« C’est un métier de passion avant tout », dit-elle. Une passion qui ne relève pas d’un simple enthousiasme abstrait, mais d’une implication profonde, quotidienne, exigeante. Il faut vivre ses études à fond, puis continuer à apprendre après. Continuer à se former, à regarder, à s’interroger, à se stimuler. Chez Emma Banchereau, cette passion prend la forme d’un regard déjà mature sur ce qu’implique réellement le fait de concevoir : non pas seulement imaginer des espaces, mais leur donner une justesse, une cohérence, une capacité à durer. 

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